Nemo Français, 1947-2021
Figure singulière de la première génération de l'art urbain français, Nemo développe dès les années 1980 un langage immédiatement reconnaissable, fondé sur une remarquable économie de moyens. Pendant près de quarante ans, sa silhouette noire en imperméable et chapeau parcourt les murs de Paris et de sa banlieue, accompagnée d'un répertoire minimal de signes et d'objets — ballon rouge, parapluie, valise, chat, oiseaux ou fleurs. À rebours de toute démonstration spectaculaire, Nemo fait de la rue le territoire d'une poésie silencieuse et transforme les accidents du paysage urbain en récits fragmentaires.
De son vrai nom Serge Faurie, Nemo naît en 1947 à Masseret, en Corrèze. Enseignant en mathématiques puis informaticien dans une faculté de médecine, il ne suit aucune formation artistique. Il commence à peindre au pochoir au début des années 1980 dans les quartiers de Belleville et Ménilmontant, au moment où émerge à Paris une génération fondatrice de peintres de rue.
Son pseudonyme est emprunté à Little Nemo in Slumberland, chef-d'œuvre de la bande dessinée de Winsor McCay. Ses premières interventions apparaissent sur le chemin de l'école de son fils, avant d'essaimer dans tout l'Est parisien. Le célèbre ballon rouge qui accompagne régulièrement son personnage fait quant à lui écho au film éponyme d'Albert Lamorisse, tourné en 1956 dans les rues de Belleville. Rêve, enfance et imaginaire sont ainsi présents dès les origines de son œuvre.
Nemo construit peu à peu une véritable grammaire visuelle. Une silhouette noire, quelques couleurs primaires et une poignée de motifs lui suffisent pour suggérer le mouvement, l'attente, le voyage ou l'envol. Son personnage marche, chute, s'assoit ou se suspend, utilisant les particularités du lieu comme autant d'éléments de composition. Murs abîmés, portes condamnées, fenêtres murées, fissures et éléments de mobilier urbain deviennent le décor d'histoires dont le passant est libre d'imaginer la suite.
Son travail dépasse rapidement les rues de Paris. Entre 1996 et 2000, Nemo vit plusieurs années en Colombie, où il intervient notamment à Bogotá et Medellín. En 1998, à l'occasion de la Coupe du monde de football, il est sollicité pour réaliser un important ensemble de fresques en Seine-Saint-Denis, notamment autour du Stade de France, à Saint-Denis et Bobigny. Certaines de ces interventions monumentales marquent durablement le paysage urbain du département.
Dès les années 1990, Nemo développe également une complicité artistique durable avec Jérôme Mesnager. Le dialogue entre l'homme noir de Nemo et le célèbre Corps blanc de Mesnager donne naissance au fil des années à de nombreuses réalisations communes. Il travaille également aux côtés de Mosko et participe aux rendez-vous qui accompagnent la reconnaissance grandissante de l'art urbain français, tout en restant éloigné du monde des galeries.
En 2006, l'écrivain Daniel Pennac lui consacre l'ouvrage Nemo par Pennac, publié aux éditions Hoëbeke. Cette rencontre entre littérature et peinture semble presque naturelle tant l'œuvre de Nemo repose elle-même sur la suggestion et le récit, mais aussi sur un territoire cher aux deux hommes : celui de Belleville et Ménilmontant.
Nemo meurt à Paris en 2021, laissant derrière lui une œuvre profondément inscrite dans la mémoire visuelle de la capitale et de sa banlieue. Avec une silhouette, quelques objets et quelques couleurs, il aura développé un langage sans équivalent : une poésie urbaine immédiatement identifiable, capable de transformer les murs les plus ordinaires en territoires de l'imaginaire.
En collaboration avec les ayants droit de Nemo, la Galerie Chenus Longhi engage aujourd'hui un travail de fond autour de son œuvre, visant à en préserver la mémoire, à en documenter l'histoire et à contribuer à sa reconnaissance auprès du public, des collectionneurs et des institutions.

