Présentation

Cinq ans après la disparition de Nemo, l'exposition Nemo continuer de rêver... Hommage à l'artiste, marque le début d'une collaboration entre la Galerie Chenus Longhi et sa famille, initiée avec son fils, Olivier Faurie, et sa petite-fille Noa. Elle ouvre un travail de mémoire, de documentation et de valorisation d'une œuvre profondément inscrite dans l'histoire de l'art urbain français comme dans la mémoire collective de Paris et de sa banlieue.

 

Issue de la collection conservée par la famille, l'exposition réunit une quinzaine d'œuvres originales, dont certaines sont aujourd'hui rendues disponibles, ainsi qu'un ensemble exceptionnel de documents, carnets d'esquisses et de voyage. Dessins préparatoires de fresques réalisées ou restées à l'état de projet, recherches, annotations et intentions permettent d'entrer dans l'intimité d'un processus créatif que l'apparente simplicité du langage de Nemo pourrait faire croire spontané.

Pendant près de quarante ans, Belleville, Ménilmontant, l'Est parisien et la Seine-Saint-Denis furent son terrain d'expression. Une porte condamnée, une façade abîmée, une palissade ou une infrastructure routière devenaient le point de départ d'un récit. Son homme noir marche, chute, attend, voyage ou s'envole ; autour de lui, un ballon rouge, un parapluie, une valise, quelques animaux ou fleurs suffisent à faire surgir une histoire. Avec une remarquable économie de moyens, Nemo a construit un langage immédiatement identifiable, traversé par le mouvement, l'enfance, la liberté, la solitude et une forme de douce mélancolie.

Personnalité libre et sans concessions, Nemo s'est toujours tenu à distance du marché de l'art et n'a jamais véritablement inscrit sa pratique dans le circuit des galeries. Les œuvres originales qui subsistent sont ainsi particulièrement rares, souvent réalisées sur des supports et matériaux de récupération. Il partagea néanmoins longtemps son atelier avec Jérôme Mesnager, avec lequel il réalisa de nombreuses œuvres à quatre mains, et participa ponctuellement aux grandes rencontres qui accompagnèrent le renouveau du pochoir et la reconnaissance de l'art urbain au cours des années 2000 : Paris Pochoirs au 59 Rivoli en 2003, The Stencil Project, Section Urbaine à l'Espace des Blancs-Manteaux en 2005, puis Aux Arts, Citoyens !

Montrer Nemo aujourd'hui porte une émotion particulière. Beaucoup des murs qu'il avait investis ont disparu ou ont été transformés ; d'autres conservent encore la trace de son passage. Avec eux demeure la mémoire d'un territoire, de ses habitants et d'un Paris populaire dont sa silhouette noire est devenue l'un des repères familiers. Cette exposition n'entend pas faire entrer rétrospectivement Nemo dans un système auquel il avait choisi de ne pas appartenir, mais ouvrir avec sa famille un travail de transmission : préserver les œuvres et les archives, documenter les interventions disparues ou encore visibles et permettre à une nouvelle génération de mesurer la singularité de son œuvre.

Cette démarche s'inscrit enfin dans une histoire plus ancienne de la galerie avec le mouvement du pochoir. Samantha Longhi en étudie l'histoire depuis la fin des années 1990 : diplômée de Paris-Sorbonne en 2001, elle organise Paris Pochoirs au 59 Rivoli en 2003, dirige le projet de recherche et d'archives Stencil History X de 2007 à 2010 et publie plusieurs articles et ouvrages consacrés au mouvement, jusqu'à Paris Pochoirs, paru aux Éditions Alternatives en 2011. Plus de vingt ans après sa première collaboration avec Nemo, ce nouveau projet mené avec sa famille prolonge ainsi un travail de recherche, de transmission et de reconnaissance engagé depuis plus de deux décennies.